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Histoire et documents

Le millénaire de la Normandie, 1911

Editée dans le supplément illustré du Petit Journal, à l’occasion des festivités qui marquèrent les mille ans de la fondation de la Normandie en 1911, cette illustration constitue une synthèse de l’imagerie véhiculée par les invasions scandinaves à la fin du XIXe siècle. Elle nous montre en effet une bande de Vikings armés jusqu’aux dents et impatients, à la vue des côtes franques, de débarquer de leur navire afin de piller les richesses continentales. Il faut noter le flagrant anachronisme que constitue, en haut du mât, le drapeau à deux léopards alors que cet animal n’apparait, pour la première fois, qu’en 1198 sur un sceau de Richard Cœur de Lion, roi d’Angleterre et duc de Normandie. L’emploi du mot « drakkar » dans la légende est aussi un contresens puisque le terme, qui dérive du mot dreki (« dragon »), fait référence à l’ornement du navire et non pas à l’embarcation dans son ensemble. Enfin, les archéologues n’ont, à ce jour, jamais exhumé de casques à cornes, image qui serait le fruit de l’imagination du compositeur allemand Richard Wagner.

À propos du millénaire de la Normandie, un drakkar de pirates scandinaves, il y a mille ans. Supplément illustré du Petit Journal - Collection des estampes de grand format, 1 Fi 9  - Estampe, 15,3 x 11 cm, 1911 À propos du millénaire de la Normandie, un drakkar de pirates scandinaves, il y a mille ans. Supplément illustré du Petit Journal - Collection des estampes de grand format, 1 Fi 9 - Estampe, 15,3 x 11 cm, 1911

Le traité de Saint-Clair-sur-Epte

Profitant de l’affaiblissement des Carolingiens, les premières incursions scandinaves débutent dans le nord du royaume franc au IXe siècle. Nous savons que Charlemagne décide en 800 un voyage d’inspection des défenses dans la partie septentrionale de la Neustrie. En 820, une flotte scandinave pénètre à l’embouchure de la Seine et, à l’automne 889, les Danois assiègent Paris puis se tournent vers le Cotentin et pillent Saint-Lô.

Le traité de Saint-Clair-sur-Epte de 911, que l’on associe traditionnellement à la « fondation de la Normandie », est très mal connu des historiens puisqu’une seule source (Dudon de Saint-Quentin) en fait le rapport détaillé. À cette date, en effet, le roi Charles III le Simple investit un chef scandinave, Rollon, qui se trouve à la tête d’une armée danoise, d’un territoire correspondant à l’actuelle Haute-Normandie, le comté de Rouen. Ce n’est pas la première fois que les hommes du nord tentent de s’implanter, mais c’est la seule fois où ils le font durablement grâce à la conversion rapide de leur chef au christianisme. Il faut attendre 924 pour voir cet embryon de Normandie s’étendre au Bessin, et sans doute à l’Hiémois. Et c’est seulement en 933 que Guillaume Longue Épée, fils de Rollon, chasse les Bretons du Cotentin et de l’Avranchin, que ceux-ci occupaient respectivement depuis 867 pour le premier et peut-être 846 pour le second.

Les terres ainsi conquises entre 911 et 933 forment une principauté correspondant à peu près aux limites de l’ancienne circonscription romaine de Lyonnaise seconde, devenue province ecclésiastique de Rouen sur le plan religieux, et duché de Normandie sur le plan politique. Les ducs affirment très rapidement un pouvoir fort qui atteint son apogée en 1066 avec la conquête de l’Angleterre par Guillaume le Conquérant. La commémoration de 911, inscrite cette année aux Célébrations nationales, concerne donc stricto sensu, la Haute-Normandie et, même si nous conservons les clichés de cavalcades organisées il y a un siècle pour le millénaire de la Normandie, 933 serait une date beaucoup plus pertinente pour le département de la Manche.

Histoire de se repérer

L’historiographie récente a montré que la pénétration des peuples scandinaves dans le royaume carolingien ne fut pas uniquement le fait d’agressions, de pillages et de conquêtes et nous vous conseillons, à ce propos, de consulter les travaux de Pierre Bauduin, Les Vikings et Le monde franc et les Vikings respectivement parus en 2004 et 2009.


auteur : Jérémie Halais


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